Société pour la Sauvegarde du Patrimoine de Pointe-Claire

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Pointe-Claire

Le moulin

À la fin du XVIIe siècle les Sulpiciens se réservent le lot no 42 situé sur la pointe pour la construction d'un moulin. Pénétrant profondément dans le Lac St-Louis et essentiellement dénudée d'arbres, « La Pointe » constitue donc un endroit tout désigné pour tirer le maximum de vent, la force motrice du moulin. En 1708, un contrat de charpente est signé entre le curé Michel de Vilermaula et Léonard Paillé et son fils Charles. Le contrat de maçonnerie est donné l'année suivante, à Jean Mars. Il y est mentionné les dimensions et les matériaux nécessaires. Il y est aussi stipulé qu'une maison pour le meunier sera construite en même temps que le moulin. Les travaux débuteront au printemps 1709 et se termineront à la fin de 1710. Ainsi les colons, aussi appelés censitaires, pouvaient-ils aller moudre leurs grains moyennant une certaine rétribution au seigneur - le droit de banalité -.; il s'agissait d'un sac de blé sur 14.

Sa fonction militaire est reconnue dès le début même s'il ne connaît jamais de raids, des meurtrières percent sa muraille. Le moulin sert alors de point d'observation. Il sera en fonction jusqu'au 1er septembre 1866. Auparavant, en 1837, le moulin avait été cédé à Amable St-Julien. Puis en 1854, c'est Benjamin Dubois qui se porte acquéreur du lot 42. Finalement, la Fabrique acquiert le terrain en 1866 pour permettre la même année aux Surs d'avoir l'usufruit du terrain afin d'édifier un nouveau couvent.

Le moulin à vent de Pointe-Claire tel qu'il nous apparaît aujourd'hui est la résultante d'une série de transformations qui s'échelonnent de 1866 à aujourd'hui. Avant que le lot 42 ne soit transféré, il ne subit aucune transformation; mais sa condition se détériorant, le moulin perd ses ailes quelque part entre 1866 et 1880. Plus tard, dans les années 1890, les Surs remplacent le toit en ruine par une terrasse d'observation sur laquelle elles érigent une éolienne afin d'alimenter en eau le couvent.

Des restaurations sont entreprises à partir des années 1950. Le terrain est solidifié en 1954 tandis que les joints sont tirés et l'enduit de chaux enlevé. En août 1962, un toit conique est replacé. C'est avec le centième anniversaire du couvent de la CND que le moulin reprend ses formes originales. En effet, cette année-là les ailes sont restaurées et en mai 1967, le moulin à vent présente sensiblement le même aspect extérieur qu'à ses beaux jours. Sensiblement, car malheureusement le moulin a été dépouillé de son mécanisme d'origine. La Société pour la Sauvegarde du Patrimoine de Pointe-Claire entreprend des démarches pour la restauration du moulin pour lui redonner un mécanisme qui lui permettrait de chanter à nouveau.

Contexte dans l'histoire de l'architecture québécoise

Le moulin de Pointe-Claire s'inscrit en continuité avec les modes de construction héritées de la France et constitue le modèle le plus répandu en Nouvelle-France. Il est du type moulin-tour, soit une tour cylindrique fixe, fait de maçonnerie sur laquelle un toit pivotant, en bois permet l'orientation des ailes face au vent. Tous les moulins à vent de la colonie française qui subsistent au Québec appartiennent à cette catégorie. Ces types de moulins étaient généralement érigés en bordure du fleuve, sur les pointes de terre comme à Pointe-Claire ou au sommet de plateaux tel le moulin LeBer à Senneville.

Si leur usage fut assez répandu, ils ne parvinrent jamais à déclasser les moulins à eau dont le nombre, le rendement et la qualité des produits furent toujours supérieurs. Si le recours aux moulins à vent étonne dans une contrée où le réseau hydrographique favorise l'établissement de moulins à eau il faut penser que ces installations éoliennes coûtaient moins cher à construire et offraient de plus l'avantage de pouvoir fonctionner durant la majeure partie de l'hiver. Ces moulins à vent étaient généralement utilisés pour moudre les céréales de base comme l'orge, le seigle, le blé ou le sarrazin. Le Moulin de Pointe-Claire servait moudre le blé seulement.

Caractéristiques du moulin banal

Un moulin tour

La tour du moulin de Pointe-Claire est faite de maçonnerie de moellons de pierres. Les murs font 4 pieds français (1,30 m) d'épaisseur à sa base. À l'intérieur, le moulin fait 12 pieds français (3,90 m) de diamètre par 24 pieds français (7,80 m) de hauteur. Un pied français équivaut à 1.06575 pied a. ou 32.484 centimètres.

Une redoute

Construit à une époque où l'on craint encore les incursions des iroquois, le moulin sert de redoute en cas d'attaque. Les murs sont percés à de multiples endroits de meurtrières qui confirme la fonction militaire qu'on lui attribue. Les moulins de Senneville (ouest de l'île de Montréal) et de la Pointe-du-moulin (Île Perrot) sont aussi percés de meurtrières.

Un mécanisme sis dans la charpente du toit

Le moulin-tour est caractérisé par le fait que toute sa mécanique est logé dans le toit, Si à Pointe-Claire le mécanisme a disparu on en connaît néanmoins le fonctionnement. L'orientation des ailes par rapport au vent est rendue possible par le déplacement du toit (monté sur un chemin dormant fait de bois graissé de suif) grâce à une longue pièce de bois (la queue). Emmanché sur l'arbre de couche, le « rouet » (une grande roue d'engrenage) transfert la force des ailes à la lanterne (autre engrenage) qui transfert cette force à un axe vertical le « gros fer » qui fait tourner la meule tournante sur la meule dormante.

Un système à deux entrées

Les tours des moulins à vent étaient presque toujours munies de deux entrées, à l'opposé l'une de l'autre. Ainsi, quand les ailes tournaient en face de l'une d'elle, le meunier pouvait utiliser l'autre en toute sécurité

Meunier tu dors...

Environ 250 moulins à vent furent construits au Québec et de ce nombre, seulement 18 se tiennent encore debout, dont quatre sur le territoire montréalais. Le moulin de Pointe-Claire est le plus vieux moulin à vent sur l'île de Montréal après celui de Senneville (1686). Si en 1911 la ville de Pointe-Claire s'est dotée d'un emblème qui fait autant référence à son histoire, c'est qu'elle garde un souvenir important de son rôle pendant la période du régime français. De fait, parmi les multiples éléments de son patrimoine, le moulin banal jouit d'une place à part puisqu'il est intimement associé à la naissance de Pointe-Claire d'une part et à son essor d'autre part.